EMBALLEZ-VOUS !

« Faire du théâtre est la chose la plus superficielle, la plus inutile au monde,
et du coup on a envie de la faire à la perfection. »
Bernard-Marie Koltès

Laissez-vous emballer !

On m’a demandé quelle était la ligne de la saison du Théâtre des Martyrs, et je n’ai su que dire, tant la question m’a dérouté. À la réflexion, j’aurais pu répondre, l’esprit taquin : tangente, brisée, oblique ou pointillée, et c’eût été, pour une part, vérité, les arts de la scène s’accommodant aisément de la géométrie pour construire leurs objets sensibles.
Une saison, c’est un peu comme une identité : ça ne se décrète pas, ça ne se déclare pas, ça se dessine et ça se construit petit à petit, pas à pas, rencontre après rencontre, au gré du temps et des autres, des rendez-vous fortuits ou décidés, des envies et des opportunités partagées.
Et une saison, cela mijote, cela infuse longtemps avant de pouvoir être servie, et puis et surtout, dégustée...
J’en étais là de mes réflexions, je m’apprêtais à écrire quelques mots, ni trop sots, ni trop cela, ni trop ceci, ni trop savants - exercice contraint de la présentation de saison, quand je suis retombé sur cette phrase de Jean-Luc Lagarce : «Nous devons conserver au centre de notre monde, le lieu de nos incertitudes, le lieu de notre fragilité, de nos difficultés à dire et à entendre.»
On ne saurait mieux dire, ai-je pensé.
Les artistes, que vous découvrirez au gré des pages de ce programme, l’affirment, cette fragilité. Elles et ils la revendiquent, elles et ils s’en emparent, elles et ils en jouent, elles et ils s’y dissimulent, elles et ils s’en parent.
Mais qu’on ne confonde pas : fragilité n’est pas faiblesse, le mot convoque le rare, le précieux, le refus du déjà su et de la formule ; il dit aussi la découverte, le détour, la surprise.
Tout ce que nous vous souhaitons, en fait.
Laissez-vous donc emballer...

Philippe Sireuil