Un 
théâtre 
au pluriel

 

A l’heure où beaucoup s’interrogent sur la nécessité du théâtre, il est stimulant de rappeler que par son dispositif même, avant tout contenu, par sa capacité structurelle de dire du vrai par du faux, par le travail de l’artifice, le théâtre est un art profondément laïque. Le théâtre laïcise le monde. Le “comme si” du théâtre, c’est la vérité qui doute, la vérité qui ne colle pas, qui ne veut pas vous étrangler pour vous convaincre, qui ne vous crève pas les tympans pour avoir raison. Le théâtre, c’est le monde qui se sait ironique, c’est la vérité moins l’inquisition, moins les bûchers, moins les rasoirs, moins les kalachnikovs, moins les impérialismes de quelque divinité qu’ils se réclament. Ainsi, en des temps marqués par la morsure du religieux, la simple existence du théâtre est son premier mérite.
Jean-Marie PIEMME

L’affaire du théâtre a toujours été de divertir les hommes. Il n’y a aucune contradiction entre divertir et instruire car il y a un plaisir d’apprendre.
Bertolt BRECHT

Si le théâtre est bien le laboratoire des gestes et des paroles de la société, il est à la fois le conservateur des formes anciennes de l’expression et l’adversaire des traditions.
Antoine VITEZ

Vous êtes chez vous

Le Théâtre des Martyrs se conjugue désormais comme ceci : un théâtre mais pluriel, une scène et des artistes. Il affirme ainsi le métissage des origines de cet art né à côté du forum grec ou sur le parvis de l’église médiévale et dont il est l’un des multiples héritiers, reprenant le témoin de cet art qui, de tout temps, a recélé toutes les peines et toutes les joies, tous les conflits et tous les débats de notre condition humaine, rires et larmes mêlés. Le théâtre n’est donc pas un art nouveau, il a plutôt le parfum des choses rares dont on a perdu le secret de fabrication, la valeur fragile d'une photo écornée et jaunie qu'on traîne au creux du portefeuille, et il peut parfois souffrir du vernis désuet dont on l’affuble, mais qu’on ne s’y trompe pas, le théâtre reste un art de notre temps, il est même notre vrai contemporain, selon les mots du philosophe Giorgio Agamben, c’est-à-dire celui qui ne coïncide pas parfaitement avec son temps, ni n’adhère à ses ambitions, et se définit, en ce sens, comme inactuel, mais qui précisément pour cette raison, par cet écart et cet anachronisme, est plus apte que les autres à percevoir et à saisir son temps.

Les temps que nous traversons sont incertains et même adversaires, ils nous imposent de réaffirmer avec force nos valeurs, au premier rang desquelles le vivre ensemble et le droit à la différence. C’est au travers de cette double exigence citoyenne, avec l’envie de vous fixer des rendez-vous nombreux et variés, que nous vous avons préparé cette saison 2016/2017.

Vous y rencontrerez Molière et ses alexandrins moqueurs, Koltès et sa langue luxuriante, les histoires de famille de Cornil et Kerbusch, Piemme et sa faconde irrespectueuse, Proust et son style ciselé, les récits féminins de Delmotte et de Blanchoud, la poétique débridée de Shakespeare, les concerts de Collard-Neven, le théâtre d’objet de Limbos, Céline et sa prose venimeuse, Shafak et son Orient, mêlant dans une même gourmandise, le connu et l’inconnu, la grande forme et la petite, l’héritage et la novation, les artistes confirmés et ceux à découvrir, le répertoire et l’écriture contemporaine, le comique et le tragique.
Le Théâtre des Martyrs se conjugue donc comme ceci : un théâtre mais pluriel, inscrit dans l’humus d’une cité et d’une région, affirmant à la fois sa liberté de ton, son ouverture d’esprit et la subjectivité de ses choix, un théâtre qui interroge le présent, raconte le passé - et inversement -, les questionne et les confronte, mais c’est aussi un théâtre et des publics.
Chacun d’entre vous y sera le bienvenu. Nous vous y invitons donc, vous qui formez la communauté des spectateurs que nous désirons divertir, questionner, émouvoir, interpeller, auxquels nous souhaitons donner le plaisir de la découverte et le goût du partage, avec bienveillance et convivialité.
Si cela vous dit, passez-nous un coup de fil, cliquez sur notre site ou poussez notre porte, vous êtes chez vous.

Philippe Sireuil,
Directeur artistique.

 

 

 

Crédits photos  Zvonock  / Dessin de la façade Vincent Lemaire / La framboise frivole Danny Gys / L’ami des Belges Corentin Walravens et Zvonock.