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On peut résumer Les Justes en écrivant que c’est un groupe de socialistes révolutionnaires qui préparent un attentat en février 1905 à Moscou dans l’idée d’assassiner le tyran. On peut aussi raconter l’histoire d’un groupe de jeunes gens qui choisissent la révolte pour donner une chance à la vie. C’est cette version-là que Jean-Baptiste Delcourt défend dans sa mise en scène de l’œuvre d’Albert Camus reprise cette saison, après le succès rencontré à la création du spectacle. Dirigeant ses comédien·nes comme si iels se “débattaient pour la vie”, il poursuit son exploration politique et sensible de grands textes exigeants.
La mise en scène nous met face aux limites morales de l’action révolutionnaire, aussi justes les causes soient-elles. Au moment de jeter la bombe sur la voiture du Duc, Kaliayev aperçoit des enfants dans la calèche. Que faire ? Le texte de Camus est philosophiquement suspendu à ce choix, nous renvoyant à la question de la démocratie, du commun, de la radicalité du geste.
Cette tension entre révolte et amour, justice et radicalité, Jean-Baptiste Delcourt l’explore avec sept jeunes comédien·nes, pour proposer une chambre d’échos et de réflexions à notre actualité ultra violente. Se concentrant méthodiquement sur les préparatifs de l’attentat et ses conséquences, le metteur en scène propose de démonter les récits fantasmés, pour faire émerger la notion de responsabilité face à nos choix, mais aussi la possibilité d’un renouveau.
texte Albert Camus
jeu Alice Borgers, Anne Claire, Jimony Ekila, Egon Di Mateo, Émile Falk, Adrien Letartre, Bogdan Zamfir
adaptation et mise en scène Jean-Baptiste Delcourt
assistanat à la mise en scène Camille Malnory
scénographie Matthieu Delcourt
costumes Micha Morasse
création lumière Renaud Ceulemans
création son Marc Doutrepont
régie générale Eric Degauquier & Marc Grandmougin
régie son Max Timmermans
régie lumière David Goubau
régie plateau Marc Grandmougin
coproduction Compagnie Fact, Le Vilar, Théâtre des Martyrs & DC&J Création.
Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles – Administration générale de la Culture, Service général de la création artistique, Direction du Théâtre.
Avec le soutien du Tax Shelter du Gouvernement fédéral belge, d’Inver Tax Shelter et de la Province du Brabant wallon.
Jean-Baptiste Delcourt a choisi de confier cette pièce politique et philosophique à de jeunes artistes – hormis Anne Claire, magnifique comédienne confirmée – pour ainsi mêler les générations sur scène et apporter souffle, fougue et sagesse au propos.
Stéphanie Bocart, La Libre
La pièce explore ainsi l’idée de dédier sa vie à un idéal, de se battre pour ses convictions et de devenir acteur du monde plutôt que de le subir, confrontant ainsi chacun à ses propres limites morales. Sur scène, le décor est à l’image de cette lutte : un huis-clos oppressant, baigné d’une ambiance sombre. Le plateau, jonché de gravats, nimbé de fumigènes et éclairé par des lumières froides, dépeint tour à tour avec habileté un entrepôt et une geôle. La musique, tout aussi pesante, renforce cette atmosphère lourde. Pour servir ce texte puissant, sept comédiens (entre autres, Alice Borgers en Dora, Egon Di Mateo en Stepan et Jimony Ekila en Kaliayev) incarnent leurs personnages avec une justesse saisissante.
Marie-Laure Soetaert, Le Suricate
Cette mise en scène des Justes frappe par sa sobriété et sa rigueur morale. En redonnant toute sa force au texte de Camus, la représentation interroge frontalement la légitimité de la violence, le poids des convictions et le vertige de l’engagement. Le jeu des comédiens, tendu et précis, installe un malaise salutaire : celui de questions sans réponses simples. Dans un monde saturé de prises de position immédiates, cette proposition théâtrale rappelle la nécessité du doute et de la complexité.
Pierre Vanesse, Karoo
BORD DE SCÈNE
Mercredi 14 octobre 2026
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