(RE)PRENONS RENDEZ-VOUS !

"À la télévision, je suis : indicatif présent / première personne du singulier / verbe SUIVRE
Au théâtre, je suis : indicatif présent / première personne du singulier / verbe ÊTRE"
Nicole LEWALLE, professeure aujourd’hui pensionnée

Aux incantations à déporter les arts du vivant vers le numérique, il n’est pas de meilleur remède que cette juxtaposition langagière que nous devons à cette professeure : simple et lumineuse.
Le numérique est, à n’en pas douter, un magnifique outil de médiation et d’inclusion, c’est aussi, pour autant qu’on y mette les moyens et les compétences qu’il nécessite, un mode d’expression et de création artistique à part entière, mais de là à considérer qu’il puisse être l’alpha et l’oméga des liens entre arts de la scène et publics, il y a plus d’un algorithme ou d’un pixel qu’on ne franchira pas.
Face à la pandémie qui assaille la planète depuis bientôt dix-huit mois, face au virus qui s’installe dans notre quotidien et nous rappelle que le principe d’incertitude régit nos vies - ce que nous avions tendance à oublier par paresse, confort ou cécité -, nous ne pouvons certes pas faire l’autruche, ce qui nous a conduit à assouplir les conditions d’accès à nos salles et à en renforcer l’hygiène et la sécurité..
Mais force est de rappeler la spécificité ontologique des arts de la scène, qu’ils soient conte, théâtre, musique, danse, opéra ou cirque : ils consistent à mettre du vivant en relation avec du vivant, des femmes et hommes en relation avec d’autres femmes et hommes, dans un même espace-temps physique ; ils ne peuvent exister qu’au travers du regard et de l’écoute de celles et ceux qui les construisent en les fréquentant, et il n’est rien de plus essentiel - oui, essentiel, tiens le mot, essentiel, venu sous les doigts sans préméditation aucune, comme induit - que ce face-à-face citoyen et amoureux, que ce partage d’une émotion et d’une intelligence complices souvent, contradictoires parfois, communes toujours.
C’est à cette interaction indispensable et superflue à la fois, dont nous avons tant été privés ces derniers mois, que la saison 21-22 du Théâtre des Martyrs, vous invite, riche de vingt-et-un rendez-vous, vingt-et-une fictions d’hier et d’aujourd’hui avec l’écrit comme boussole prioritaire, pour nous mener soit à déchiffrer le monde, soit à nous en divertir, entre imaginaire, impertinence, fantaisie, refus de tout intégrisme, interpellation impétueuse et désir d’humanité.
En ces temps pas vraiment folichons, c’est une poule de carnaval* qui vous accompagne au gré des pages, façon allusive de dire que, derrière le masque - cet accessoire devenu quelque peu envahissant, on en conviendra -, il peut être des visages réjouis : ceux-là que nous espérons revoir sous peu à la sortie de nos salles.
« Au théâtre, je suis » verbe être : (re)prenons donc rendez-vous et soyons.

Philippe SIREUIL
17.05.2020

* Nos remerciements à Marine Krischer et à Gaël Maleux.